Histoires d’eau

Lundi, en me bottant les fesses, je prends le train pour Trouville, après avoir vérifié quinze fois que je n’ai pas oublié les clefs. Ma mission : ranger, faire le ménage et m’assurer que la villégiature familiale est digne de recevoir ma chère mère, ma soeur et leur ange gardien, Georgie. Autres missions : payer le peintre, donner les clefs du 3ème étage à l’agence immobilière, faire vérifier la chaudière, et recevoir un antenniste pour savoir si une télé supplémentaire peut être installée dans la chambre du rez-de chaussée.

Train en gare de Lisieux
Train en gare de Lisieux

A Pâques, j’avais déjà passé deux jours à récurer, ranger et réaménager à neuf ladite chambre, après un méchant dégat des eaux qui avait totalement dévasté la literie, le plafond, le sol…. bref, la totale. Cette fois encore, comme d’habitude, je ne sais pas ce qui m’attend. Les travaux de la salle de bain se sont achevés une semaine plus tôt et je me fais déjà un film d’horreur. Arrivée à la gare de Trouville-Deauville, il faut beau temps et grand vent et en un petit quart d’heure j’arrive devant la grille du chateau. Je dépose mon barda. Je monte à « mon étage » et, comme si cela ne pouvait attendre, je déballe le cadre que j’ai acheté chez Rougié et Plé pour y glisser une affiche avec Bardot de dos, les fesses à l’air ou presque sur le tournage d’un film de Louis Malle. Je range deux trois trucs et mon petit sac sur le dos, fonce comme le veut la tradition chez Monoprix acheter quelques denrées indispensables : crème de cassis, vouvray et fromage de chèvre…. Une petite bourriche d’huîtres pour mon déjeuner…. une petite baguette. Je prends tout mon temps, innocente que je suis et il est déjà midi bien sonné quand je fais le tour de la propriétaire…. et là surprise !

Il n’y a pas d’eau, pas une goutte nulle part…. la douche toute neuve, le robinet du lavabo tout neuf et du vieil évier pourri de la cuisine…. rien, quelques larmes à peine. Je monte au premier étage… et ouvre le robinet du lavabo. Une eau marron m’accueille en abondance, je suis inquiète mais soulagée. J’essaye la douche : rien. La chasse d’eau : marron. Je ne comprends rien. Je continue, l’eau passe de brun foncé à transparente et puis soudain, plus rien…. zéro eau. Même scénario qu’au rez-de-chaussée. Pas d’eau ! Je pète un câble ! J’appelle le plombier « nos bureaux sont ouverts de ! heures à midi et de 14 à 18 heures »….  Merde, merde, et merde…. C’est dans ces grands moments de solitude que l’on prend conscience des vraies valeurs… On peut vivre dans le noir, enfin provisoirement, mais se passer d’eau, impossible ! Tu ne peux rien faire, même pas pipi…

Désolée mais pas tout à fait au bord du suicide, je décide que ça s’arrose et me sers un verre de rosé sur un fond de crème de cassis, histoire de noyer mon désespoir. Je m’installe au soleil dans le jardin de poche, fume une cigarette en dégustant mon verre. Ensuite je me « rince » les doigts dans la glace pilée qui protège mes huitres…. Je m’attable et là, un bruit assourdissant m’oblige à me lever de table. L’affiche de Savignac « Le roman d’un tricheur » que j’avais non sans mal accrochée au dessus de la chasse d’eau des chiottes refaits à neuf, vient de tomber. Je vérifie l’étendue des dégâts : de longues lames de verre partout, l’affiche semble intacte idem pour le cadre. Je finis mes huitres avant que les mouches s’y intéressent… Je ramasse chaque morceau de verre cassé dans un panier en veillant à ne pas me couper. Si je saigne je ne pourrai même pas passer ma main sous l’eau ! Et j’attends 14 heures, l’heure de ma délivrance peut-être.

14 heures passées de cinq minutes j’appelle le plombier….« il est sur un chantier dans une résidence à Deauville. Je vais essayer de le joindre » me promet gentiment sa femme. Je cache ma rage et mon désespoir. Sophie est déjà arrivée et m’attend à la plage, à l’abri entre les tennis…. Je raccroche finalement l’affiche de l’enfant chéri de Trouville au même endroit mais beaucoup plus légère, enfin délestée de son verre.

Finalement une heure plus tard, alors que je suis en train de signer un mandat de vente avec une agente immobilière très sympathique pour le petit studio du 3ème étage….. Il arrive…. Damien le jeune plombier et mon sauveur. J’avais oublié que parmi les nombreux travaux réalisés en mon absence, figurait l’installation du nouveau robinet d’arrivée d’eau à la cave. Mal étiqueté et moi, pas calée en plomberie je n’ai pas osé y toucher et pourtant… Damien en quelques minutes ouvre le précieux robinet et l’eau coule…. Nous vérifions chaque étage et chaque robinet…. Ca coule froid et chaud. Je raccompagne Damien et lui déclare « si on se connaissait mieux, je vous embrasserais »… Même si c’est une cité balnéaire, je ne suis pas sûre d’avoir envie que chaque séjour à Trouville soit placé sous le signe de l’eau… Non merci.

Le lendemain l’antenniste rapide et efficace m’assure que tout ira très bien madame la Marquise, ou plutôt madame ma mère, pour la télé….. Yapluqu’à aller l’acheter chez Gitem et faire mettre de côté un cube Canal Plus. L’homme de l’art à l’arrivée des vacancières  installera, pour le plus grand bonheur de ma mère, ma soeur…. woh woh, une télévision avec du son et une tonne de chaînes dans la chambre….. comme à la Villa L. Il ne manquera plus que la dame au petit chien, Madame Sans Gêne et toutes les délicieuses voisines pour pimenter trois semaines de vacances bien méritées…. mais sans moi et mes histoires d’eau.

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